Voici mon histoire

Tu vas pouvoir lire ci-dessous une partie de mon histoire que j'ai décidé d'honorer ici. On peut dire que j'ai une histoire "à rebondissements".
Ceci est un extrait de mon récit de vie qui va être publié en France courant 2017 dans le livre "Burnes-out" de mon amie Elodie Florenti.

Avant que tu lises, saches que les histoires que tu peux partager sur le site n'ont pas à être aussi "dramatiques" ! Ce que je cherche c'est aussi beaucoup d'anecdotes courtes, qui ont été significatives dans la vie de la femme qui les partage, où elle nous partage ce qu'elle a eu comme prises de conscience à ce moment-là.

Je te partage mon histoire juste pour que tu saches le vécu qui m'a amené à faire ce site.
Ton histoire, ou une anecdote que tu voudrais partager, sont aussi importantes que ce que j'ai pu écrire ici. Vraiment.

Blandine

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Avertissement :
"Beaucoup des choses que je vais te confier ici n’ont été dites qu’à très peu de personnes. Parfois même ma famille la plus proche n’est pas au courant (plus pour longtemps, vu que je révèle maintenant mon histoire au grand jour).

Parce que je ne savais pas comment le dire… parce que je n’ai pas voulu le dire (par peur du jugement ou des représailles)… parce que je n’avais pas envie de recevoir de conseils sur ce que j’aurais dû faire (même si ces conseils partent d’une bonne intention ; l’enfer est pavé de bonnes intentions !).

Alors on va faire un accord toutes les deux, parce que je veux que tu comprennes bien mes intentions : je te confie tout cela pour que tu le prennes comme mon expérience de vie, que je te raconte en toute vulnérabilité sans faux-semblants et sans chichis, pour que tu puisses t’en inspirer si jamais tu te reconnais un peu dans ce que j’écris.

Et si d’aventure tu en venais à vouloir critiquer violemment une quelconque personne de ce récit (y compris moi), je te parlerai de l’effet miroir : ce que l’on ne supporte pas chez les autres, ce que l’on juge durement et que l’on critique… eh bien c’est parce que c’est une partie de nous avec qui l’on n’a pas fait la paix, qu’on ne veut pas voir parce qu’on la trouve laide.

Il est donc bien plus facile de la lancer à la figure de la personne en face en lui disant que c’est elle qui a un problème, que de regarder chez soi le problème à régler.

Je ne souhaite donc pas de haine ou de culpabilisation envers les personnes impliquées, peu importe ce qu’elles ont fait.

Pour l’avoir expérimenté moi-même, notamment en ayant élevé 2 beaux-enfants pendant 10 ans, chacun fait toujours ce qu’il peut avec son passé et ses mensonges personnels. Chacun a donc sa manière de réagir à la réalité avec ses croyances limitantes, ses évitements et les combats qui lui sont propres.

Il n’est donc pas ici question de juger les personnes mentionnées sur leur morale ou leur absence de morale, juste de comprendre l’impact que les événements ont eu sur moi et ce que j’ai fait avec tout cela. D’ailleurs, je ne dis pas que c’est LA vérité, c’est la manière dont j’ai vécu ces événements à travers ma sensibilité.

Tu es d’accord ?

Je sais, parfois ça ne va pas être facile, mais c’est vital. Et si tu ne t’en sens pas capable, passe à l’histoire suivante. C’est aussi simple que cela.

D’ailleurs, sache qu’ici, dans ce récit, je vais juste à l’essentiel des « cassures » qui ont eu lieu dans mon existence et ce que j’ai fait ensuite avec. Pour faire la part des choses, imagine quand même qu’il y a eu des moments heureux aussi, tout n’est pas noir dans ce que j’ai vécu.

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Voici une partie de mon histoire :

[…]Les 2 premières années de notre mariage [je me suis mariée à 18 ans avec un homme de 34 ans de plus que moi, avec 2 enfants de 7 et 9 ans] , à part quelques accrochages qui auraient dû me mettre la puce à l’oreille et me faire mettre mes limites dans la relation, rien de bien « notable » à part le fait que je devais juste tenir régulièrement mon mari au courant d’où j’étais et ne pas trainer à discuter après mes cours d’Université.

Or c’était déjà la prison qui commençait à se refermer autour de moi.

Si je me rappelle bien cependant, j’avais une petite voix à l’intérieur de moi qui disait « ça va pas le faire… sors-toi de là. ». Mais je ne voulais pas l’écouter, et je me donnais des arguments pour me convaincre du contraire :
« Mais si, tout va bien ! Il veut savoir où je suis parce qu’il tient à moi. »
« Il ne veut pas que je passe trop de temps à l’Université après les cours parce que je lui manque et il a hâte de me voir. »

Et puis si je divorçais, c’était comme admettre que je m’étais trompée pour ma première grosse décision de vie, et ça je ne le voulais pas. Ça aurait été donner raison à mes parents !


Avec mon mari et les 2 enfants, nous avons ensuite déménagé dans l’Est de la France, près de Langres, où nous avons acheté une maison pour la rénover. Le but était d’acheter ensuite un voilier pour partir faire le tour du monde.

Sauf que pendant les vacances de ce Noël 2005, un jour où une connaissance devait venir manger, mon mari n’a pas donné de signe de vie de l’après-midi et est revenu saoul. C’était la première fois.

Oui, parce que mon mari était un ancien alcoolique, ce que je savais avant qu’on se marie. Et je pensais que ce problème était réglé. Il me l’avait dit. Et il m’avait montré jusqu’à présent qu’il était capable de boire une bière ou deux et s’arrêter là…
Avec ce que je sais maintenant, je peux juste dire que ce n’est jamais terminé. Que c’est un combat qui dure toute la vie, spécialement dans les moments difficiles. Et que celui qui se croit au-dessus de tout ça a de grandes chances d’y retomber très vite.

Je n’ai jamais parlé à ma famille ni mes amis de l’alcoolisme passé (enfin, que je croyais faire partie du passé) de mon mari, parce que je ne voulais pas lire de désapprobation dans leurs yeux par rapport à mon choix de vie, ou entendre des conseils quelconques qui n’auraient pas manqué d’arriver. Je voulais qu’on puisse nous regarder comme un couple « normal ».

Quand l’ami en question arrive, cela tourne court vu l’état de mon mari.

L’ami en question, sentant un peu la situation, me demande si tout va bien ou si je veux venir avec lui. Je lui réponds que tout va bien et qu’on va gérer ça ensemble après son départ.

Je sais aujourd’hui que c’est une erreur que j’ai faite. On ne peut pas discuter avec un alcoolique qui est sous l’emprise de la boisson et de son mal-être. Mais ça, je ne l’ai appris à mes dépends qu’après. Je croyais à ce moment-là que je serai capable de gérer la situation.

J’ai passé la pire nuit de ma vie.

J’ai cru que je n’allais jamais voir la lumière du jour car c’est ce soir-là qu’il m’a frappé pour la première fois.

C’est ce soir-là que les enfants sont allés se réfugier dans la salle de bain pour ne pas m’entendre crier depuis la chambre… C’est ce soir-là que dans ma tête s’échafaudaient plein de plans pour m’enfuir si jamais l’occasion se présentait : courir tout droit et sauter par la fenêtre (si je sautais du premier étage, est-ce que j’arriverai à ne pas avoir trop mal, arrivée en bas ?), courir dans la nuit, aller demander de l’aide aux voisins… mais venait aussi la peur qu’il me rattrape et me tue sur place en m’étranglant par exemple, vu l’état dans lequel il était.

Aujourd’hui, plus de 10 ans après, j’ai les images qui reviennent parfaitement nettes à ma mémoire alors que j’écris ces lignes. Comment oublier quand on a eu si peur ?

Puis la crise s’est calmée, nous avons fini par nous coucher.

Le lendemain, il s’est excusé encore et encore. On a expliqué aux enfants que c’était un accident, que ça ne se reproduirait plus, promis. Pendant plusieurs jours, j’ai mis du fond de teint acheté spécialement pour l’occasion (moi qui ne me maquille quasiment jamais) pour masquer les bleus sur ma figure, notamment autour des yeux. Et chaque jour, je pleurais devant le miroir en n’osant pas croire que la personne que j’aimais avait pu faire cela.


6 mois plus tard, autre situation critique avec des scènes de violence physique là aussi. Et l’impression de vivre un enfer qui ne se finit pas de toute la nuit. Parce que quand mon mari me parlait, il fallait que je réponde à ses critiques, ses dénigrements. Quand je répondais en tentant l’apaisement autant que possible, je me prenais une bordée d’injures. Et quand je ne répondais pas, je m’en prenais une aussi.

Situation inextricable, l’impression d’être prise dans un labyrinthe dont je ne connais pas la sortie.

Alors patiemment, je tentais de construire petit à petit une argumentation avec ce qu’il me disait pour qu’on puisse enfin aller se coucher. Et invariablement, son cerveau d’alcoolique revenait à zéro et il me fallait tout recommencer.

C’était désespérant ! C’était « un jour sans fin » comme dans le pire des cauchemars.

Et quand on est finalement allé se coucher, il a commencé à se rapprocher de moi. Il voulait faire l’amour. Moi, j’ai tenté de le repousser parce que je ne voulais pas, étant donné la soirée qu’on avait passé et ce qu’il m’avait fait vivre.

Mais il a insisté, encore et encore. J’ai continué à refuser.

Alors il a commencé à s’énerver.

J’ai eu peur que l’enfer ne reprenne, alors j’ai cédé. Contre ma volonté. Pour avoir enfin la paix.

C’est la seule fois où ça s’est produit. C’est une fois de trop.

Avec ce que je sais aujourd’hui, je sais que ça s’appelle du viol conjugal. Qu’un homme n’a aucunement le droit, sous prétexte que je suis mariée avec lui ou que je suis sa compagne, d’exiger quoi que ce soit contre ma volonté. Un rapport sexuel forcé, quelle que soit la personne qui le pratique, est un viol. Point.


J’ai pensé au divorce, mais je n’ai pas eu la force de faire cette démarche.

J’avais trop peur de devoir fuir mois après mois, poursuivie par lui (qui sait s’il n’allait pas me tuer en fin de compte ?) et je ne voulais pas laisser les enfants seuls avec lui. Déjà qu’ils n’avaient plus leur mère, qu’est-ce qui se passerait pour eux si je n’étais plus là ? Je me rends compte que c’était aussi une excuse de mon mental pour ne pas avoir à prendre cette décision. Et de toute façon j’étais sous son emprise psychologique.

Puis les crises se sont espacées, et surtout il ne m’a plus tapé dessus physiquement. Quand il allait mal, il disparaissait une demi-journée entière et revenait le soir éméché. C’est là que je me faisais « pourrir » verbalement, encore et encore, avec ce cercle sans fin du cerveau d’alcoolique qui revient à zéro. Mais c’était « moins pire » que de me faire taper dessus.


A 23 ans, j’ai souhaité avoir un enfant. Parce que j’ai toujours voulu avoir des enfants. Il le savait depuis le début et m’avait dit qu’on en aurait ensemble.

Quand j’ai parlé du fait d’arrêter la pilule pour en avoir un, il n’a pas dit grand-chose. J’ai pris ça pour un « oui ».

Sauf que les mois passant, les relations sexuelles se faisant rares, je me suis dit qu’il y avait un problème. J’ai voulu en parler avec lui mais ça n’a pas vraiment donné grand-chose, parce que je pense qu’il craignait de me perdre s’il disait un « non » catégorique.

J’avais décidé de reprendre la pilule à mes prochaines règles, mais comme mes cycles étaient irréguliers, cette date était longue à venir. Je pense qu’en 1 mois ½ nous avons fait l’amour une seule fois. Et c’était la fois de trop.

Au début du mois de janvier 2008, je ressens des douleurs dans les seins et des nausées.

Test de grossesse positif.

Ma mère est ravie. Mon mari est paniqué.

On aurait dit un adolescent de 15 ans à qui on annonce la nouvelle.

Et moi tout à coup qui me sens déboussolée, qui ne sait pas quoi faire. Je vois qu’il rejette en bloc l’idée d’un enfant. Il répète complètement perdu que maintenant son rôle c’est d’être grand-père, etc…

Tout ce que je vois alors, c’est un enfant qui risque de grandir malheureux parce que son père le rejette et qu’il n’est pas aimé. Peut-être même le fait de l’élever seule, alors que mes revenus sont très moyens et mon travail pas stable.

Or je ne veux pas de cela pour mon enfant. Jamais.

Je ne me sens pas en capacité de l’élever contre vents et marées, seule. Je ne veux pas qu’il se sente non désiré, comme son père l’a été.

Je décide alors quelque chose qui va à l’encontre de mes valeurs jusqu’à présent parce que je ne vois pas d’autre issue : avorter.

Mon mari m’accompagnera dans la démarche, je ne sentirai aucune pression de sa part dans cette direction même si je sens bien que ça le soulage. L’intervention a lieu le 11 mars 2008. Mon anniversaire est le 17. Tu peux imaginer l’état psychologique dans lequel je le passe : complètement anesthésiée émotionnellement, complètement à l’ouest.

Au jour d’aujourd’hui, je ne regrette absolument pas mon geste (ce qui ne veut pas dire que je le revendique). J’aurais aimé que la situation puisse être différente, mais ce n’est pas le cas. Par contre, ce que je retiens de cet événement, c’est que l’absence de « non » ou de « oui » n’est en aucun cas un consentement. Jamais plus je ne me ferai reprendre à cela. Une réponse claire ou rien.

J’ai fait croire à mes parents et mes frères qu’il s’agissait d’une fausse couche, parce que c’était impensable pour moi de dire à mes parents très catholiques que j’avais fait ça. Je n’avais pas besoin d’une stigmatisation en plus, de sentir la déception dans leur voix ou bien une ombre passer devant leurs yeux quand ils me verraient.

Toujours est-il aujourd’hui que, s’il avait vécu, mon fils Sébastien aurait 7 ans.

Comment je suis sûre que c’est un garçon ? Aucune idée. Juste une certitude.

Je pense régulièrement à lui, à quoi il pourrait ressembler. Et particulièrement en ce mois de décembre 2016 où j’écris ces lignes, car il y a 15 jours, j’ai eu un retard de règles. Avec le mode de contraception ultrafiable que j’ai (stérilet au cuivre) et les préservatifs qu’on utilise avec mon copain en faisant vraiment attention, je voyais mal comment j’aurais pu tomber enceinte sans une action du Saint Esprit.

J’ai eu peur. Peur d’être enceinte sans l’avoir voulu.

Et puis je me suis dit que si une petite âme avait, malgré toutes ces barrières, trouvé le moyen de se frayer un passage pour s’incarner dans un petit bébé, c’est qu’il avait des choses à m’apprendre cet enfant.
Alors j’ai accepté la possibilité d’être enceinte, d’accueillir ce « bébé surprise » même si je ne savais pas comment allait se passer la suite ; accepté la possibilité de l’élever seule si mon copain prenait peur parce qu’après tout, ça faisait seulement 3 mois qu’on était ensemble.

C’est tout de même avec soulagement que j’ai vu finalement le sang couler deux jours plus tard.

Tout ce que je sais, c’est que maintenant, quel que soit le moment où arrive la maternité, je suis prête. Je suis suffisamment forte intérieurement pour y faire face. La première fois, j’ai passé mon tour. Maintenant, plus jamais.


[…]Je n’avais pas vraiment d’activité que je faisais seule en dehors de celle que je faisais avec lui [mon mari]. Et quand j’en ai eu, je devais revenir aussitôt que c’était terminé, sans prendre du temps pour discuter vraiment avec les gens.

D’ailleurs, quand je regarde cette période, je m’aperçois que petit à petit je me suis laissé isoler, que je ne me suis pas vraiment fait d’ami(e)s en dehors de quelques collègues de boulot que je suis allée voir de temps en temps. C’est une technique bien connue utilisée par les manipulateurs pour isoler leur proie.
De mon côté, je m’aperçois que j’ai cédé à la facilité : je ne faisais pas trop d’activités en dehors pour éviter d’avoir à argumenter avec lui sur l’heure de rentrée, etc… C’était même assez paradoxal parce que d’un côté il m’encourageait à faire des choses, parce qu’il voulait quand même que je m’épanouisse, mais de l’autre il voulait contrôler.

Puis j’ai fait une dépression, qui m’a amené à aller consulter un psychologue.

Pour te faire comprendre l’état de l’estime de moi à ce moment-là, j’ai quand même dit à la séance où l’on s’est vu pour la première fois : « Je ne suis pas finie » !

J’étais devenue une personne que je détestais, mais je n’arrivais pas à faire autrement que ce que je faisais au quotidien, même si je ne me reconnaissais plus. Avant j’étais joyeuse, un vrai rayon de soleil.
A ce moment-là, j’étais plutôt la fille rébarbative et chiante, qui est toujours en train de reprocher aux autres (notamment les enfants) ce qu’ils ont mal fait, ou de ne rien faire pour moi alors que je fais beaucoup de choses pour eux et de le reprocher ensuite, etc… en plus de pleurer quasiment un jour sur deux.

Petit à petit, le psy m’a permis de comprendre que ma relation n’était pas épanouissante. Et d’ailleurs, je devais régulièrement argumenter avec mon mari (qui m’avait pourtant poussé à consulter) au bout de 6 mois de thérapie, l’intérêt de continuer à le voir. Mon mari était en effet persuadé que les psys sont à l’origine des divorces. Et dans mon cas, il n’avait pas complètement tort, parce que c’était une idée qui commençait à prendre vraiment le dessus.

La source de vie qui avait été si longtemps enfouie en moi, muselée par mon mari, était en train de rejaillir en force. Elle ne devenait plus contrôlable.

La dépression était le signal d’alarme qui indiquait que les choses clochaient vraiment beaucoup, que mon monde tournait carré. Qu’il était temps que je me sorte de là, que j’écoute ma petite voix que je faisais taire à coups de pelle depuis trop longtemps.
En même temps, elle me disait quelque chose qui, jusqu’à présent, semblait impossible tellement mon mari avait d’emprise sur moi (pourtant, me trouvant intelligente, je n’aurais jamais cru que cela soit possible !).

Et là, petit à petit mon mari voyait qu’il commençait à avoir de moins en moins de prise sur moi. Visiblement ça l’effrayait. Il devait sentir que je lui échappais et ne voyait pas alors comment combler ses besoins criants d’amour et de sécurité intérieure si jamais je le quittais.

Moi, de mon côté, j’avais peur de lui annoncer que je voulais le quitter. Même si je voyais ça comme une question de survie personnelle.

Parce que si j’envisageais de lui annoncer cela, plusieurs scénarii se bousculaient dans ma tête : il se suicidait en me mettant tout sur le dos, ou bien il me poursuivait et me pourrissait la vie jusqu’à ce qu’il me tue (strangulation et noyade étaient ce qui revenait le plus souvent dans ma tête).
Ces scénarii semblaient si réels, et je me sentais tellement impuissante face à cela (parce qu’il est de notoriété publique, dans ma tête, que la police est incapable de protéger efficacement une femme contre son forcené de mari), que je n’osais pas prendre la décision.

Sauf qu’un soir de septembre 2012, je ne sais pas vraiment ce qui m’a pris.

Ou plutôt si : il est rentré éméché parce qu’il n’allait pas bien, et j’ai évoqué l’idée à demi-mots parce que j’étais excédée.

Ça l’a mis dans une colère noire où il m’a pris mes lunettes et les a cassées sous mes yeux. Puis s’en est suivi une argumentation houleuse. Puis des coups. Au bout de quelques coups, ne voyant pas comment me sortir de la situation, je suis restée à terre avec le nez qui saignait, faisant comme si j’étais assommée (j’avais pris une aspirine contre le mal de crâne, ce qui a fluidifié mon sang).

C’est là qu’il a pris peur, m’a demandé si j’avais pris des médicaments parce qu’il me trouvait bizarre, que ce que je disais n’avait pas de sens. J’ai sauté sur l’occasion pour lui mentir en disant que j’avais pris plusieurs de mes médicaments contre la dépression parce que j’en avais ras-le-bol de cette vie.

Il m’a alors prise dans ses bras pour me reconduire au lit.

J’avais évité le pire pour cette fois-ci.

Le lendemain, il s’est excusé plusieurs fois, me disant qu’il ne savait pas ce qu’il lui avait pris, qu’il avait vu rouge quand j’avais parlé de séparation, etc… Quelques jours plus tard, au vu de son attitude, j’ai cru que cette fois-ci il y avait peut-être une possibilité de lui faire prendre conscience de son comportement : j’ai parlé d’aller ensemble à la police pour rapporter l’incident, histoire de prendre conscience ensemble que ce qui s’était passé était grave. Et c’est à ma grande surprise qu’il s’est mis à minimiser ce qui s’était passé, que ce n’était pas comme certaines femmes qui se faisaient taper dessus tous les jours, etc… comme il l’avait fait à quelques reprises déjà. Et puis bien-sûr il voulait que personne ne risque de l’apprendre, pour ne pas ternir son image.

C’est donc amèrement que j’ai fait le constat que rien ne changerait jamais.


Sauf que la vie ne m’a pas laissé longtemps là-dessus : un mois plus tard tombait le diagnostic d’un cancer de la gorge.

J’ai décidé de le soutenir là-dedans, ne voyant pas comment décemment je pourrais le laisser dans une telle épreuve tel un rat qui quitte le navire quand le bateau coule (et l’image que j’emploie est vraiment celle que j’avais à l’époque, pour te montrer quelle était ma considération envers moi-même).

Ont suivi, dans l’ordre : l’opération chirurgicale pour enlever la tumeur, une autre opération pour enlever un petit morceau qui a repoussé, la radiothérapie et la vente de notre maison (après 3 ans de mise en vente), le déménagement en Bretagne début juillet 2013.

Et là, des crachats sanguinolents suspects nous font craindre le pire : une reprise du cancer. Des métastases sont apparues dans les poumons et les os, ce qui a créé d’intenses douleurs et une grande fatigue.

Mon mari est admis à l’hôpital le 13 septembre et mourra dans mes bras le 2 octobre à 10h45.

Le lundi soir, 36h avant sa mort, nous avons eu le temps de discuter parce que les infirmières m’avaient rappelé, craignant qu’il ne passe pas la nuit. C’est donc moi qui lui ai appris qu’il ne lui restait que quelques heures à vivre. J’ai vu ses yeux s’arrondir de surprise comme ceux d’un enfant, j’ai entendu les regrets qu’il a exprimés concernant tout ce pourquoi il aurait aimé avoir « juste un peu plus de temps ».

Malgré tout ce qu’il m’avait fait, je l’aimais cet homme ! Et entendre ça m’a brisé le cœur. D’autant que ce que je me rendais compte, c’est que moi aussi j’avais une montagne de regrets alors que j’avais seulement 28 ans…

C’est pourquoi au moment où, pour accompagner son dernier souffle, je lui dis « Bon voyage », je me fais la promesse à moi-même de vivre dorénavant une vie pour laquelle je n’aurais pas de regrets.

Je décide donc de tout changer, faire un virage à 180° : alors professeur de SVT (Biologie-Géologie) je décide de reprendre une maîtrise en océanographie au Québec.

Avant cela je prends une année sabbatique où je vais être équipière sur un voilier pour traverser l’Océan Indien de Bali jusqu’en Afrique du Sud. Ils cherchaient une équipière entre 45 et 55 ans, et j’ai réussi à les convaincre de m’embarquer alors que j’en avais à peine 29 !


Après avoir réparti les biens de mon mari à ses enfants, je vends tout ce qui reste pour garder seulement quelques cartons entreposés dans un coin. Je m’envole vers Bali pour 7 mois de voyage dans l’Océan Indien…

Contrairement à beaucoup de monde autour de moi (voire toi ?), je n’ai pas spécialement d’appréhension. Passer des jours à ne pas voir la terre ? Pas de problème ! J’ai confiance en Anik et JB, du voilier Banik, car je connais leur expérience et leur fiabilité.

Et puis, ressource très importante, j’ai une motivation en béton : il faut que je change d’air ! J’ai un besoin impérieux de quitter la France, peu importe la destination. D’ailleurs, je dis à l’époque à mes parents (j’admets que ce ne soit pas facile à entendre) : « Vous voulez me faire crever ? Vous me faites rester en France. »

Le voyage se passe vraiment très bien, aussi bien que je l’espérais. Expérience hors du commun, paysages magnifiques… Si tu veux, tu peux aller lire ce récit sur mon blog (www.memepaspeur-leblog.com).

Enfin ! Moi qui rêve depuis mon enfance de voyager, d’aller voir « de l’autre côté de la colline » comment sont les gens, comment ils vivent, pensent et voient le monde, j’y suis !


Depuis quelques mois, je sens mes ailes s’ouvrir, j’ai l’impression d’être un papillon qui sort de sa chrysalide. Et je ressens cette liberté dans mes mouvements.

J’en ai pris particulièrement conscience un soir de février 2013 où je suis rentrée de la piscine où j’ai pris des cours de plongée. Il est tard, j’ai bien discuté au moins 45 min à 1h avec les gens présents là. Alors que je rentre chez mon frère où j’habite provisoirement, je me rends compte qu’il n’y a personne pour trouver à redire sur l’heure à laquelle j’arrive, personne que je n’ai eu à prévenir de mon heure d’arrivée… J’en ai les larmes aux yeux !

D’ailleurs, pour bien symboliser cette reprise de pouvoir sur ma vie et cette liberté, je dessine un oiseau ouvrant ses ailes qui vient compléter le tatouage tribal que j’ai sur les reins. Ma liberté, je ne laisserai plus personne me la retirer !


Dans ce voyage, l’île de la Réunion est un endroit particulier et symbolique à mes yeux.

Nous nous y arrêtons 3 mois parce qu’Anik et JB ont des impératifs en France, et doivent y retourner en avion. La première semaine, alors que je visite 3 bassins avec cascades près de la ville de St Gilles, je tombe en arrêt sur un rocher à 6m duquel les gens plongent dans l’eau cristalline.

La pensée qui me traverse l’esprit, à moi qui suis incapable de sauter du plongeoir d’une piscine c’est : « Ah, si seulement je pouvais le faire moi aussi ! ».

Et c’est là qu’interviens tout de suite une autre pensée : « Tu as dis que tu n’aurais plus de regrets désormais… Donc vas-y, saute ! ». Et c’est ce que je fais. C’est laborieux, je suis morte de trouille, je manque d’air sous l’eau… mais je l’ai fait ! (cf mon récit sur mon blog)

Alors que je reviens à ma voiture, les jambes encore en coton, j’ai deux pensées qui viennent dans ma tête : « Je suis vivante ! » (non seulement par rapport à mon mari décédé, mais aussi parce que quand tu dépasses une peur, je t’assure que tu te sens vivante) et aussi « ça, c’était une de mes plus grandes peurs. Et je l’ai dépassée. Elles sont où alors mes vraies limites ? ».

Quelques jours plus tard arrive le mail de mon futur directeur de recherche pour la ma maitrise au Canada, qui me dit non seulement qu’il me prend pour le projet de recherche, mais qu’en plus j’ai une bourse de 15000 CAN$/an sur 2 ans !!!

Ce sont les deux feux verts qui font que je pars dans une exploration autant de l’île que de moi-même : 200 km de randonnée en solo, parfois à la frontale de nuit pour voir le soleil se lever d’un point culminant de l’île (Roche Ecrite, volcan du Piton de la Fournaise, Piton des Neiges), 3500 km de scooter en 2 mois où j’explore l’île et pratique toutes sortes d’activités à sensations : parapente, canyoning, ULM, voltige, VTT descente, exploration d’un tunnel de lave, plongée (je passe mon niveau 2 qui me permet de plonger jusqu’à 40m). Entre autres…

A chaque nouvelle peur que je dépasse, je me rends compte que je suis beaucoup plus capable et puissante que je ne pensais. Chaque nouvelle exploration d’un aspect de moi-même me permet de découvrir de nouvelles capacités insoupçonnées, des goûts que je ne pensais pas avoir. C’est fascinant !

J’accepte donc toute nouvelle activité qui se présente, même si elle ne me plaît que moyennement au premier abord. A la fin, j’en sais davantage sur moi (j’aime, je n’aime pas, telle sensation me plaît ou non, je suis capable de gérer tel niveau de peur ou d’inconfort, etc…). Quelle que soit l’issue, je n’ai donc pas perdu mon temps !

Si jamais j’ai une peur qui se présente, mais que j’ai envie d’essayer tout de même, ma peur des regrets est toujours plus grande que cette peur qui se présente à moi. Ça me prend parfois un peu de temps pour « me travailler au cerveau » comme je dis si bien (en fait, me conditionner mentalement pour le faire) mais j’y vais.

Et j’ai expérimenté – physiquement – en voltige aérienne combien une peur qui semblait réelle, palpable, pouvait complètement disparaître en l’espace d’une seconde ! Au point d’être en totale confiance alors que l’avion piquait droit vers la piste…


La Réunion a aussi été l’occasion d’une reprise de pouvoir sur mon corps, sur tous les plans.

Ma mère est quelqu’un avec un corps fragile, souvent avec des tendinites ou des maux de dos. A l’école, en sport, j’ai toujours été « pas terrible ». Je me considérais comme une petite nature.

Là, j’ai tout de même fait plus de 200 km de randonnée en 3 mois. Et à l’heure où je t’écris, j’ai décidé de m’offrir un IronMan pour d’ici à mes 35 ans. Pas parce que je vais faire violence à mon corps, non. Parce que je vais en prendre suffisamment soin pour qu’il puisse se le permettre. Ce qui est totalement différent.

J’ai aussi repris le pouvoir sur ma sexualité.

Je sais que c’est tabou généralement de parler de ça (surtout avec mon éducation catholique), c’est bien pour ça que je le fais, en toute conscience. Parce que trop peu de femmes en parlent, et pourtant c’est une question cruciale. Si jamais tu sens un jugement monter en toi à la lecture de ces lignes, je te renvoie à l’explication de l’effet miroir dont j’ai parlé au tout début.

Donc oui, j’ai commencé à ce moment-là une reprise de pouvoir sur mon corps et ma sexualité, en rencontrant un certain nombre d’hommes via des sites de rencontre. Parce que je voulais savoir quel était mon pouvoir de séduction, je voulais me sentir désirable et désirée, je voulais connaître quelle diversité il pouvait y avoir parmi les hommes vu que mon mari était le seul homme que j’avais connu. Et tout cela bien-sûr avec préservatif obligatoire à chaque fois, en faisant très attention lors des rapports sexuels. Des tests réguliers aussi. Mon but était d’explorer, pas de faire n’importe quoi !

Alors j’ai exploré pour trouver ce que j’aimais, ce que je n’aimais pas, les attitudes des hommes qui me paraissaient respectueuses ou non, que je recherchais ou non. Difficile exploration car je devais lever tous les tabous issus de mon éducation catholique !

Cette exploration a pris plus d’un an (où je n’ai pas fait défiler la terre entière dans mon lit, quand même !). Petit à petit j’ai pu être plus sélective sur les hommes que je laissais m’approcher ; sur le fait de me respecter en ne couchant pas avec un potentiel partenaire sous prétexte qu’il avait envie de moi ; sur le fait de dire « non », même si l’autre en a (très) envie, par respect pour moi-même (et ne pas sentir de culpabilité pour autant).

Quand j’ai fini cette quête, où sont passés en revue dans ma tête bon nombre de fantasmes que je n’ai pas tout explorés (parce que je me suis écoutée et respectée), j’ai acquis un tel respect de moi qu’il n’est maintenant plus question, au jour où je t’écris, de laisser rentrer n’importe qui dans mon temple intérieur (même pour une « envie de sexe » comme il peut en arriver parfois).

En fait, je dirais maintenant que très très peu d’hommes pourraient y entrer. Mon temple intérieur est trop précieux, et les énergies qui s’échangent à travers un tel acte sont trop puissantes pour laisser passer n’importe qui/quoi. Parce qu’au cas où tu ne le saurais pas, lors de l’acte sexuel s’échangent entre les deux partenaires tout ce qui a besoin d’être guéri (je parle de blessures intérieures). Et j’ai lu aussi quelque part que lorsqu’on partage un acte sexuel avec quelqu’un, son empreinte énergétique reste sur nous pendant 6 mois (dans le meilleur des cas). De quoi faire réfléchir…


Le voyage en voilier se termine en Afrique du Sud en décembre 2014. Une petite semaine passée en France pour les fêtes de Noël et j’arrive au Québec en plein hiver, avec des températures avoisinant les -30°C alors qu’un mois plus tôt je vivais à +30 !

Me voilà parachutée dans une petite ville du nom de Rimouski, pour ma maîtrise en océanographie. Sauf qu’au bout d’un mois seulement, je m’aperçois que ce n’est pas ce qu’il me faut. Les raisons qui m’ont poussé à vouloir travailler en océanographie ne seront jamais rencontrées sur le terrain : bien trop de laboratoire et d’ordinateur pour trop peu de voyage.

La désillusion est grande.

Je me sens perdue.

J’ai quitté la France pour m’installer ici, et je m’aperçois que je me suis trompée… Qu’est-ce que je fais alors ?

Je continue. Parce que pour l’instant je ne vois pas quoi faire d’autre.

Et puis mon directeur de recherche m’a prise alors que j’étais en voyage en voilier sur l’Océan Indien. J’ai dû le rassurer sur ma motivation à venir au Québec plusieurs fois… Si je laisse tomber maintenant, c’est certain qu’il ne laissera plus sa chance à personne ensuite !

Et là, comme par « hasard » (j’appelle ça des synchronicités maintenant), dans la même période, je vois passer sur mon ordinateur la publicité pour la formation « Académie Zérolimite » d’un Québécois appelé Martin Latulippe. Le message qui retient mon attention est « Si vous pensez que vous avez quelque chose à partager au monde pour faire partie de ceux qui le rendent meilleur, rejoignez notre formation pour être conférencier, coach, infopreneur... »

Je décide de mener donc de front ma Maîtrise et l’Académie Zérolimite.

A la fin de l’été, j’ouvre un blog, que je poursuis en parallèle de mes études même si je viens de me casser la jambe. Autant te dire que c’était loin d’être évident ! Pourtant, à force de travail et de volonté, j’obtiens de très bonnes notes dans toutes les matières. Même si j’ai parfois la très forte impression de faire le grand écart quand je reviens d’un week-end de formation de Martin Latulippe et que j’assiste ensuite à un cours d’océanographie !


Au printemps 2016, je sens le ras-le-bol monter.

Je me dis que je vais lever le pied tranquillement et diminuer le nombre de choses que je fais. Ça fonctionne un peu, mais en mai je m’aperçois que je suis de plus en plus incapable de poursuivre les deux. Quand bien même je limite au maximum ce que je fais sur mon blog ou pour ma maîtrise.

Tout me parait une montagne. Tout me demande énormément d’énergie.

Pour finalement craquer début juin et demander un break pour l’été à mon directeur de recherche, parce que de toute façon je ne me sens plus capable de travailler.


Ça a été très dur de demander cet arrêt. J’ai essayé tout ce que j’ai pu pour ne pas le faire. Je craignais de faire le premier pas, parce qu’ensuite il entrainerait le deuxième, puis le troisième… et je ne savais pas dans quelle mesure j’allais pouvoir maîtriser ce qui se passerait ensuite.

En même temps, j’avais entendu parler plusieurs fois du burn-out, de ce que ça produisait comme dégâts sur les gens, du temps qu’ils mettaient à s’en remettre. Et là, j’ai préféré arrêter le massacre avant de me prendre le mur. La peur de mettre 2 ans à m’en remettre a été plus grande que le reste.

Pendant l’été, j’ai voyagé beaucoup en stop pour visiter le Québec, notamment la Gaspésie.

Je me suis lancé un défi d’ailleurs : faire le tour de la Gaspésie en stop, avec seulement un sac de couchage dans mon sac à dos pour m’obliger à trouver un hébergement chez les gens que je rencontrais au fil de la route.
Ça a été juste génial : j’ai dormi sur la plage dans une tente après une soirée grillades avec du bois flotté, fais la plonge dans un restaurant, été bénévole sur le festival des 100 ans de la ville de Chandler, dormi à l’étage d’un garage à vélo d’une communauté écolo, assisté à une soirée contes sur la plage devant un furieux orages, et j’en passe !

J’ai pu vérifier à quel point mon intuition est juste, que je suis capable de faire face à beaucoup de situations et m’intégrer bien plus facilement que je ne pensais. J’ai validé à quel point c’est bon d’être moi-même sans me préoccuper du regard des autres et combien les gens peuvent être bienveillants (bon, j’avais fait quelques autres étapes avant pour m’assurer de mon intuition, je ne suis pas partie comme ça sur un coup de tête !).

A mon retour, cette aventure m’avait donné suffisamment de sécurité intérieure pour arrêter une décision qui mûrissait en moi depuis quelques semaines : abandonner ma maîtrise en océanographie. Parce qu’un déclic s’était créé en moi : on tient un engagement jusqu’où on peut… ce que veut dire pas forcément jusqu’au bout.
Que je n’étais pas (plus ?) obligée d’être un « bon petit soldat » qui fait systématiquement ce qu’on attend de lui (tu as vu comme j’emploie le masculin pour parler de moi et des obligations que je me mets ?).

Parce que justement, ce qui me bloquait jusqu’à présent, c’était que j’avais donné ma parole et qu’une parole ça se tient jusqu’au bout. Je veux tellement être une personne sur laquelle on peut compter ! Sauf que si ça me conduit à faire une dépression ou un burn-out, on ne pourra plus vraiment compter sur moi… à commencer par moi-même qui n’aurais même pas été mon propre support ! Un comble.

Quand cette pensée-là s’est débloquée, j’ai pu prendre ma peur à bras-le-corps, écouter ce qu’elle avait à me dire pour mieux la dépasser (comme j’avais appris à le faire par moi-même depuis presque 3 ans). Et à nouveau, cette promesse que je m’étais faite de ne plus avoir de regrets a été bien plus forte que la peur que j’avais. Je sentais que ce que j’avais à faire d’important dans la vie n’était pas là.

J’ai donc annoncé ma décision à mon directeur de recherche.

Il a compris mes raisons, les a acceptées même s’il était un peu déçu, ce qui se comprend. Je dois avouer qu’il a toujours été super pendant tout le temps où nous avons travaillé ensemble. Ça s’est vérifié encore cette fois-là.

C’est ce qui fait qu’aujourd’hui, je suis conférencière et coach en développement personnel à plein temps. Je me suis lancée avec quelques économies en poche, parce que je suis mon intuition et qu’elle s’est toujours montrée juste. Ce qui ne veut pas dire que je n’utilise pas l’expérience que l’on m’a enseignée. Suivre mon intuition, oui. Etre idiote, non !

On m’a demandé aussi « Si jamais ça ne marche pas bien, est-ce que tu envisages de prendre un boulot à mi-temps ? ». J’ai répondu « Oui », parce qu’il est évident que si ce temps vient, je le ferai. Mais à l’intérieur de moi ça crie tellement « NON ! », parce que ça me semblerait une telle perte de mon temps qui pourrait avoir tellement plus d’utilité, que je vais faire tout ce que je peux pour ne pas avoir à y être obligée.

Et en même temps, je me suis rendue à cette obligation de travailler à temps partiel, parce qu’en fait je me suis aperçue que je reproduisais un schéma paternel… Il n’y a pas de perte de temps dans la vie. Chaque journée qui passe nous apporte toujours des enseignements si nous la passons en conscience.


Voilà où j’en suis rendue maintenant. Il y a des jours où c’est facile et la vie est belle. D’autres où je suis roulée en petite boule sur mon lit en train de pleurer. Et moi qui pensais avoir réglé un bon nombre de choses concernant mon passé, j’ai vu en écrivant ce récit que plusieurs choses ne sont pas réglées et je vais aller me faire aider à ce sujet.

D’ailleurs, même si pendant de nombreuses années j’ai fait le travail toute seule, le fait que je suive maintenant des formations faites par des gens sérieux et compétents, que je sois entourée de bonnes personnes qui m’aident à progresser rendent bon nombre de choses plus faciles.

Autrefois, je pensais qu’il fallait toujours me montrer forte… en fait je me suis rendue compte que si je me sens obligée de le montrer à l’extérieur, c’est que cette force n’existe pas à l’intérieur. Donc je suis ce que je suis, c’est tout. Ni wonderwoman, ni moins que rien… juste moi. Et c’est déjà pas mal !

Et la lecture de certains livres notamment m’a fait comprendre que ce qui m’avait permis de passer au travers de toutes ces épreuves sont notamment un comportement de défense que j’ai intégré toute petite qui s’appelle selon l’auteur un « attachement dysfonctionnel évitant » qui fait que l’on réprime ses émotions et conduit parfois aussi à une sorte d’anesthésie d’une partie de la personnalité, ce qui nous rend plus susceptible de tolérer l’insupportable, alors que d’autres quitteraient la situation.
Je travaille aujourd’hui à faire se libérer toutes ces émotions négatives emprisonnées depuis tant d’années. Le travail est rude, mais libérateur et annonce des lendemains plus sereins et teintés de joie profonde.

J’ai appris à m’aimer, me respecter dans mes côtés lumineux, mais surtout dans mes côtés sombres. C’est ceux-là qui demandent le plus d’amour. Et c’est ceux-là qui m’apportent le plus de sécurité intérieure si je les accepte pour ce qu’ils sont, puis si je les transforme. « Work in progress »…

J’ai aussi appris que l’on est toujours beaucoup plus forte que ce qu’on croit. Que l’on a au minimum un talent qui nous est réservé, qui dort au fond de nous. On peut ne pas en avoir conscience, mais il est là pourtant. Quand je regarde aujourd’hui celle que j’étais avant, je vois partout parsemés des indices qui pointaient vers ce que je suis capable de faire et d’être aujourd’hui. Tout était déjà là, ça ne demandait que (!) de l’attention, de l’acceptation et de la bienveillance pour fleurir.

J’ai appris qu’une peur est toujours une force en devenir. Qu’elle est une opportunité de croissance inouïe pour nous-mêmes si nous savons la regarder en face, l’accueillir puis la traverser. Il y a toujours un joyau à ramasser dans le cœur du dragon.

J’ai appris combien il est doux de me respecter, en faisant abstraction du regard des autres. Parce que ça prend tellement moins d’énergie quand je n’ai pas à me battre contre moi-même pour paraître ce que je ne suis pas ! C’est l’intention avec laquelle je fais les choses chaque jour qui me met à l’abri de la morsure des critiques. C’est pour cela que j’ai pu écrire ce résumé de mon histoire avec autant de transparence.

J’ai appris que l’absence de « non » ne veut pas dire « oui ».

J’ai appris que mon corps m’appartient, que personne d’autre que moi ne peut prendre le pouvoir sur mon corps, que ce soit pour des raisons de morale religieuse, de pratique médicale ou parce que la personne dit m’aimer. C’est à moi de décider en conscience ce que j’estime être bon pour moi. Et si une personne m’aime réellement, elle respectera les limites que je fixe et ne tentera pas de satisfaire ses besoins à tout prix.

Ma vie, avec ses hauts et ses bas, ses victoires et ses coups durs, fait de moi celle que je suis aujourd’hui : cette femme qui exerce chaque jour davantage sa bienveillance sur elle pour pouvoir l’avoir envers toi. Cette femme qui t’accompagne à te choisir enfin et te mettre toi-même en priorité en transformant tes peurs en forces, à accepter tes parts d’ombres pour que ta lumière puisse briller.

Tout cela à ma manière, avec mes critères, car j’ai décidé que dorénavant, je voulais seulement jouer ! Jouer sérieusement, certes, mais jouer ! Pas m’ennuyer à rentrer dans un moule qui ne me correspond pas.

Et toi, qu’as-tu décidé pour ta vie ?

Est-ce que tu le fais ?

Chiche ?

Même pas peur ? ;)


Blandine
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Pour remercier la femme qui a pris le temps de partager cette histoire, offre-lui ce que tu as ressenti durant ta lecture/écoute. Merci pour elle !
Nina
sam 08 avr 2017 10:29:38 CEST
Ton histoire est bouleversante Blandine, et profondément touchante... Merci de nous la partager dans toute son authenticité, sans en occulter les parts plus sombres, merci pour cette franchise, cette mise à nu... Une histoire très inspirante, qui prouve que l'on peut se dépasser, être tellement plus que ce qu'on croit parfois seulement être, que chaque jour apporte son lot d'apprentissages et qu'en les partageant, tu contribues à changer le monde, les gens, tu les aides à grandir et avoir foi dans la Vie et dans ses synchronicités. Du fond de mon coeur, je te remercie et t'embrasse, Nina.